mardi 15 septembre 2009

Aux lecteurs

Merci tout d'abord, d'avoir suivi mes périgrinations. Un peu de patience: j'ai enfin réussi à récupérer les photos de mon portable. Je les mettrais donc en ligne dans les jours à venir...

Pour les lyonnais: je pense venir bientot. Pour les parisiens et proches, je devrais monter à Paris d'ici qlqs jours.
Et... comptez sur moi pour bassiner tous ceux qui ont une vague idée de faire un jour le chemin: allez y ! Tout de suite, dés que vous sentez le besoin de vous retrouver, de changer, de grandir, d'apprendre, de vous élever. Buen camino, amigos !

J + 1






Mon coeur est un peu fébrile lorsque j'entre dans le train à Santiago, il est 9h15. Heureusement, je suis trop fatigué pour m'éterniser dans la mélancolie. Et surtout, je me promets de poursuivre le chemin en France ou ailleurs.
Onze heures de train qui remontent l'itinéraire du camino lentement. Chaque gare dont je connais le nom évoque des flots de souvenirs. Je recherche le camino de part et d'autre du train.



J'arrive en France, à Hendaye, vers 20h45. La ville est en fête, un match de rugby. Je me dirige vers le port, où je brule une feuille symbolisant ce que je ne suis plus. Je lache sur l'eau des bougies portant chacune le nom d'un de mes proches amis.



Je retourne dans la gare pour dormir sur le sol de la salle d'attente. Six heure, ma correspondance part pour Toutouse. 10h30, changement à la gare de Matabiau. 12h20, j'arrive à la gare d'Albi, j'y croise John, un ami de longue date, qui passe par là par hasard. Je retrouve mes parents... retour à la maison, pour un vrai repas, un bain et une nuit de confortable sommeil.
Le chemin va me manquer, c'est certain. Mais je ne suis pas triste de cet au revoir. Tous les "au revoir" sont de futurs "salut, qu'est ce que tu fais là ?".
Le camino aura atteint et dépassé tout ce que je pouvais attendre de lui. Je me sens apaisé, serein, et j'attends la suite du chemin avec impatience ! Aici sem !

Santiago de Compostela






Mémorable soirée ! On se retrouve rapidement à une vingtaine de pélerins à boire des bières et des sangrias. Il y a ici toutes les nations. On se couche encore abasourdis par nos retrouvailles et ce camino qui n'arrête pas de livrer ses symboles.

Départ à 7h30, on ne ressemble plus trop à des pélerins. Il nous reste 4 km pour arriver à Santiago, on les fait plutot tranquilement: café con leche, churros con chocolate - plutot calorique mais un régal - on arrive devant la place de la cathédrale. On se congratule les uns les autres: ça y est. On l'a fait.



Dans les 920 km à pied, envrion un milion et demi de pas, transbahutant un sac - aprés vérifications 16 kilos - 38 jours au soleil, dans la bruine, le vent, le froid, la canicule... et nous voilà, étalés sur cette place. Un aboutissement sans doute, mais surtout une ouverture: il est important que le camino ne s'arrête pas là. Nous devons poursuivre le chemin, durant toute notre vie. Rester à l'écoute de ce qui nous entoure, et toujours progresser, aller un peu plus loin...

En attendant, on reserve une pension, car les pélerins seront nombreux aujourd'hui à Santiago. On fait la queue dans la officina de los peregrinos, pour obtenir l'acréditation - un tampon sur le crédential et une sorte de diplôme avec votre nom en latin.
On va à la messe de bénédiction des pélerins. L'immense cathédrale abritant les reliques de Saint Jacques et une fourmilière, outre les croyant et les pélerins, elle est envahie de touristes. Elle est notament connue pour son encensoir géant qui servait durant les offices... à camoufler l'odeur des pélerins !

On part faire quelques achats par-ci par-là. Je repasse par la place principale et croise ... Giordana ! J'étais convaincu qu'elle avait arrété le chemin vers Manjarin ! Je croise aussi notre "señor", un espagnol d'une bonne soixantaine d'année qui en est à son douzième pélerinage de Santiago. Puis les italiens, allemands, etc. que nous avions croisés précédemment. On est un gros groupe et il est difficile de trouver un bar tous ensemble. J'offre à Ufra un chapeau - il avait tant fait le clown avec le mien à Burgos que je m'étais promis de lui en trouver un. On bois, on mange, on danse le moonwalk. La soirée s'achèvera en boite de nuit - au bas mot cinq ans que je n'y étais pas rentré. La danse des pélerins est assez typique: tongues, habits tachés, crampes, ampoules, mais une joie et une fraternité que l'on ne retrouve pas souvent !

dimanche 13 septembre 2009

Azrua - Monte de Gozo






On part tôt, le soleil n'est pas levé. Un cafe con leche en terrasse et le chemin qui traverse forêts d'eucalyptus, de pins, de chênes. Aujourd'hui, le flot de pélerins semble un peu tarit. Nous croisons justes quelques têtes connues par-ci par-là. Mes pensées se promènent: le retour bientôt, Ufra que je n'ai pas revu, Giordana qui a achevé son chemin précipitement. Comment va se passer cette arrivée ? Vais je être déçu, comme le sont beaucoup de pélerins, par cet aboutissement de neuf cent et quelques kilomètres ?
Nous dépassons la ville d'Arca sans hésiter. Ce sera la dernière vraie étape du chemin, la moindre des choses c'est que nos pieds s'en souviennent. Le chemin monte et le soleil sort. On transpire généreusement, on souffle. On dépasse l'aéroport, on casse croute le long d'une source ferrugineuse. Les jambes sont bien fatiguées, Evelyne est épuisée. Nous reprennons. La route est désormais silencieuse.



Nous croisons Gérard et son fils, des pélerins avec qui, justement, je regrettais d'avoir peu discuté. Les derniers kilomètres sont éprouvants. On arrive à Monte de Gozo, une énorme albergue de 500 lits, qui surplombe Santiago. Au sommet se trouve le monument - trés moche - à la gloire du pélerinage, érigé par Jean Paul II. Les jambes nous poussent à profiter de la douche et du lit. Les esprits sont pertubés. Quelques chose de grand est en train de s'arrêter, de changer.
On mange avec nos Irlandais et on redescends avec eux sur le bar - les Irlandais dépassent leur réputation pour ce qui est du lever de coude.
Le bar surplombe la ville où demain ... et ... qui est au bar ? Ufra ! Nom de dieu, quel incroyable rencontre que j'attendais depuis Hontanas.

San Xulian - Azrua




Le camino se promène aujourd'hui dans les forêts d'eucalyptus. On démarre de nuit, vers 6h30, pour éviter le flot de pélerins. Le chemin est désormais reposant. Peu de difficultés dans cette étape. On fait la connaissance d'un groupe de jeunes japonais en voyage scolaire sur le pélerinage. On arrive tôt à Azrua, une vingtaine de pélerins est tout de même arrivé avant nous et patiente aux portes de l'albregue.



On passe notre aprés midi un peu molement, entre sieste, courtes visites de la ville et petits encas. A 17h, alors que nous prenons l'apéritif en terasse, mon téléphone retentit. C'est la Croix Rouge internationnale qui souhaite me rencontrer pour un poste qui me tente beaucoup.

Le chemin me rapelle à ma vraie vie. Nous fêtons cette bonne nouvelle autour de pulpos a la galiciana, et d'un pastis (fort rare en ces contrées). Nous allons ce soir à la messe de bénédiction des pélerins. Le sermon est en espagnol trop rapide pour que je le comprenne, mais la liturgie des prières, récitées par les croyantes en marmonant, est assez hypnotique. Nous avons notre bénédiction, on peut dormir tranquiles.

mercredi 9 septembre 2009

Portomarín - San Xulian

Comme je vous le disais, le flot de nouveaux pélerins n'est pas trés enthousiasmant. C'est la course dés le matin pour assurer sa place à l'auberge. Mon sentiment est que le chemin, aprés les étapes marquées du piémont pyrénéen, jusqu'à Burgos, puis la rude meseta, est en train de nous ramener vers la réalité. On commence à remettre les pieds sur terre, ce qui n'est sans doute pas un mal.
On prend toutefois notre temps. On fait un détour par l'ancienne église de Villar de Donas. On y trouve notament des peintures murales du XIVe siècle et les tombes de plusieurs chevaliers chargés de la protection des pélerins. On y trouve aussi une grasse pelouse ombragée où faire une sieste.
On arrive à Palas de Rei un peu épuisés. La ville est complète, plus de place dans les auberges. On croise alors José Antonio qui vient de faire 30 km de détour, à pied, pour trouve un distributeur. Heureusement, Bibor à réservé une auberge pour nous 4 km plus loin. Charmante auberge dans une vieille demeure espagnole du XVIIe siècle environ. L'hospitalier est un vieux barbu plein de charme !

Sarria - Portomarin




Démarrage à 6h30. Le flot de pélerins a soudainement décuplé: les pélerins disposant de peu de temps sont arrivés en train à Sarria, pour effectuer les cent derniers km du pélerinage, qui permettent d'obtenir l'acréditation sur le crédential. D'ailleurs, la borne marquant ces 100 km est couverte de messages de courage, de victoire, de messages pour des pélerins perdus de vue, des petits mots d'amours, des prières...

C'est assez déroutant: tout ce monde, marchant trop vite, mal équipé. Le chemin manque de points d'eau et les auberges municipales ne peuvent désormais plus accueillir tout ce monde. On est parti suffisament tôt toutefois et on arrive de bonne heure - environ 13h30 - à Portomarín. Cette petite ville, bordant un lac artificiel, est en ébulition: des fanfares jouent tout l'aprés midi et la soirée est occupée par un orchestre au son ska-salsa-samba. Nous rerouvons Tom toujours amateur de vin espagnol. Je commande des piments frits. La soirée se finit pour nous alors que l'orchestre n'a toujours pas commencé. Je bénis mes boules Quiés et dors comme un loir dans le concert de ronflements et de musique entremélés.

Tricastela - Sarria



Le chemin poursuit son bonhomme dans de petites vallées vertes. Nous optons pour une variante du chemin, guère plus longue, mais qui permet de passer par Samos, un grand monastère, hélas fermé à notre arrivée. Qu'importe, ça ne m'empêche pas de siroter un cafe americano en terasse, avant de reprendre notre route.


Et elle commence à être longue cette route ! En fait, je me trompe de chemin et prolonge l'étape involontairement. On arrive tard à Sarria et je dors au camping pour profiter de l'absence de ronfleurs. Le ville est construite autour de la vieille cité en pierre. On trouve un petit monastère. On croise Tom et Gavin, nos Irlandais, attablés autour d'une bouteille de vin. Nous voilà donc à siroter en écoutant les improbables pélerinages d'Irlande, en compagnie d'un espagnol, une hongroise, une autralienne, deux irlandais et un francais. Ca demande une certaine concentration de suivre l'accent de Tom et de tenter de traduire dans la bonne langue entre les interlocuteurs. La soirée est excellente. Demain on se lêve tôt, c'est décidé.

samedi 5 septembre 2009

O Cebriero - Triacastela


Etape sans difficultés et heureusement car on démarre fort tard (9h30 !). On longe les prés de vaches, les hammeaux de fermes. Un vieille dame nous propose une crèpe au sucre. Le chemin redescend brtualement sur Triacatestela alors que l'on se dit que Santiago est déjà si prés... plus que 120 km...

Villafranca de Bierzo - O Cebreiro










Enfin un peu de sport: l'étape est programmée pour monter à 1 400 m d'altitude - dans les 700 m de dénivelée pour 28 km de distance. Les petits villages que l'on croise sont faits de toutes petites maisons de pierre, de rues pavées où dorment chats faméliques et chiens de berger.
Une pause casse-croûte avant d'attaquer la côte - toujours la même chose le midi: pain, saucisson, fromage, barre de céréales...
Puis le chemin monte raide pendant une petite dizaine de kilomètres. En fin de compte, on ne s'en tire pas si mal. Le paysage est superbe, verdoyant et dégagé, pour un peu on verrait Santiago. On rentre tout d'un coup en Galice !

O Cébreiro est un tout petit village de pierre, aux maisons rondes couronnées d'un toit de chaume. On y trouve des triskels, de la musique irlandaise et un tas de babioles celtiques. Il fait un froid glacial dehors et on est bien contents d'avoir une vraie douche d'eau chaude et un vrai lit...

Ponferrada - Villafranca de Bierzos


Nous sommes sur le plateau. Des parcelles de polyculture irrgiguées, des ruisseaux d'eau claire et fraiche.
A Cacabelos - y a des villes qui ont un nom difficile à porter... - je laisse un message à l'attention de Ufra, qui est à une étape de retard derrière nous depuis la meseta. Le paysage est très valloné. Villafranca de Bierzo est un petit village ,mais je suppose que son histoire est riche: on y trouve un chateau et trois grandes églises: l'une dont les voûtes sont construites en tout petits galets, l'autre au plafond de bois peint dans un style arabe. Superbes.

Ce soir je "cuisine". En fait, on se fait un gros plateau de cruditiés car on en mange rarement. José est perplexe, en Espagne, on cuit les légumes; on ne les mange pas comme ça ! M'enfin, il s'y fait tout de même.

Manjarín - Ponferrada




Le chemin démarre sur les flancs de montagne et je regrette de ne pas rester plus longtemps dans ce lieu enchanteur. En route !
L'étape est facile. Une descente peu violente vers la vallée. Il fait bon, les paturages et quelques arbres peu toufus parsèment le camino. Le pas est tranquile. Une halte pic-nic, une autre pour un café.


La chaleur démarre sur le coup de 12h.




Le chemin est facile mais commence à durer. Nos jambes fatiguent, le chemin s'éternise. Nous devons traverser un voie de chemin de fer sur un immonde pont de ferraillen peint en vert. On arrive à Ponferrada sur les rotules. On est tant épuisé que l'on fait une dernière halte en bas de la côte, à 50 mêtres de l'auberge.

Je ne comprends pas: l'étape à duré seulement dans les 25 ou 26 km et on a mis ... 8 heures ! Comme souvent les pélerins ont à peu prés tous vécu cette étape de la même manière.
C'est parti pour le rituel du pélerin: On pose notre "mochila", puis une douche - pour vu que ce soit de l'eau chaude ! -, lavage du linge, sieste, bière et bocadillo, diagnostic et réparation des pieds, puis visite de la ville, son église, ses épiceries, ses pharmacies. Ponferrada n'est pas particulièrement accueillante mais on y trouve un chateau et plusieurs belles églises. Ce soir, José prépare une tortilla avec du vin de la Rioja.

mercredi 2 septembre 2009

Astorgas - Manjarín






Le chemin démarre fraichement. Des nuages débordent de la montagne face à nous: le chemin sort de la plaine, nous revoilà dans la grimpette. Les bois qui cernent le chemin sont méditerrannéens. On serpente au travers de petits villages superbes, en pierre, constitués en allée centrale autour du camino.
Les nuages nous caressent et redescendent derrière nous. Nous avancons bon train, et nous arrivons à l'étape proposée par le guide pour midi. Nous poursuivons: nous sommes impatient de voir la fameuse Cruz de Hierro. Cette croix est un des lieux mythiques du camino. Les pélerins ont pris l'habitude de venir y déposer une pierre, symbole de ce qu'ils amènent avec eux sur le chemin. La croix surplombe donc un beau monticule de roches entassées, messages, dessins, bibelots, coquilles saint jacques, etc. Un lieu de recueillement pour tous. Des plus athées aux croyants en passant bien sûr par les mystiques. Une familles de francais (le papa, la maman, un ou deux amis et les petites filles) en ont profité pour tous se raser la tête - ils portaient tous de superbes cheveux longs...
Comme tous, j'adresse un message au camino. Le chemin est grimpé sur une montagne arrondie par l'érosion. Les bois deviennent des pins puis des prairies de bruyère, genets, ajoncs.
Aprés la croix, nous nous dirigeons vers un des lieux les plus éloignés de notre monde que j'ai vu. Un ex révolutionnaire marxiste, faisait le camino il y a quelques 17 ans. Il a ressenti l'énergie de ce lieux et ne s'est jamais rendu à l'étape suivante. Il tient depuis une auberge sommaire. Il est un des derniers templiers et offre le gite - sans eau ni électricité ou presque - le couvert - délicieux repas qui réinvente la notiondu partage - avec l'aide de sa femme et de deux jeunes dont un est également templier.

Les templiers se définissent surtout en tant qu'hommes de foi et de combat. Ils respectent un corpus de règles dont l'hospitalité, le respect, l'égalité entre les hommes ou encore l'humilité sont des fondements.
On ressent ici un sentiment de profonde chaleur et humanité. Rien de notre monde ne peut se comparrr à ce lieu. C'est avec un profond respect que je salue nos hôtes avant la nuit.